Beni : les alertes précoces tenues par les jeunes protègent la population contre l’insécurité.

Mis en place par la SOFEPADI dans le cadre du programme RESET en septembre 2025, le Système d’Alerte Précoce et de Réponse Adaptée (SAPRA) a contribué à renforcer la circulation des informations sécuritaires entre les jeunes de la commune de Bungulu, en ville de Beni, et les services compétents. Cependant, l’interruption des frais de fonctionnement destinés aux jeunes alerteurs fragilise la continuité de ce mécanisme communautaire de prévention de l’insécurité.

Un mécanisme communautaire au service de la sécurité.

Dans la commune de Bungulu, en ville de Beni, au Nord-Kivu, le Système d’Alerte Précoce et de Réponse Adaptée (SAPRA) a été conçu pour renforcer la prévention de l’insécurité et améliorer la collaboration entre la population et les services chargés de la sécurité. Mis en œuvre par la SOFEPADI dans le cadre du programme RESET en septembre 2025, ce dispositif fait suite aux recommandations formulées par les jeunes lors des dialogues organisés avec les autorités politico-administratives et policières. Au cours de ces échanges, les jeunes avaient notamment sollicité la mise en place d’un mécanisme leur permettant de transmettre régulièrement aux autorités les alertes relatives aux menaces sécuritaires observées dans leurs communautés.

Le SAPRA a ainsi été instauré pour faciliter la remontée des informations, renforcer la communication entre les acteurs communautaires et les services compétents, et favoriser une réponse adaptée aux menaces signalées. Pour Issa Vihamba, vice-président du Conseil communal de la jeunesse de Bungulu, ce mécanisme représente une avancée importante dans le renforcement de la sécurité de proximité. Il estime que le dispositif a facilité les échanges entre les habitants et les autorités, tout en encourageant les jeunes à s’impliquer davantage dans la prévention de l’insécurité.

« Le SAPRA a beaucoup contribué à la sécurité dans notre communauté de Bungulu. Nous transmettions aux autorités compétentes toutes les informations liées aux menaces sécuritaires. Je peux témoigner que cet outil répondait réellement à un besoin ressenti par la population. Grâce à l’engagement des jeunes, plusieurs actes de banditisme urbain ont pu être déjoués dans notre commune. Nous nous réjouissons également de l’appropriation du SAPRA par la jeunesse », explique-t-il.

Pour son fonctionnement, le SAPRA dispose d’un comité composé de cinq personnes, dont un président, un vice-président, un rapporteur et des conseillers. Les membres recueillent et analysent les alertes, que le rapporteur transmet aux autorités, car c’est lui qui détenait le téléphone remis par la SOFEPADI lors de la mise en œuvre du SAPRA. Pour recevoir les alertes de la communauté, le comité avait mis en place un numéro de téléphone, et c’est à travers ce numero que la communauté envoyait les alertes. Comme activités, les membres du SAPRA accueillent, analysent et transmettent les alertes aux autorités compétentes.

L’apport du dispositif est également souligné par un commissaire principal de la Police nationale congolaise (PNC), responsable d’une unité à Bungulu, qui a requis l’anonymat. Selon cet officier, les jeunes transmettaient régulièrement des informations sur les menaces sécuritaires, témoignant ainsi de leur engagement dans la lutte contre l’insécurité.

« Mon téléphone portable recevait entre 20 et 30 messages d’alerte sécuritaire par jour. J’avais senti l’engagement de la jeunesse dans la lutte contre l’insécurité. Cette fréquence d’alertes illustre la mobilisation des jeunes autour de ce mécanisme et l’importance de la collaboration entre les acteurs communautaires et les services de sécurité », témoigne-t-il.

L’arrêt des frais de fonctionnement, un obstacle à la continuité du dispositif.

Malgré les résultats rapportés par les acteurs interrogés, le fonctionnement du SAPRA est aujourd’hui confronté à des difficultés liées à l’interruption de l’appui financier destiné aux jeunes alerteurs. Issa Vihamba déplore notamment la suspension des frais de fonctionnement que la SOFEPADI mettait à la disposition des jeunes pour couvrir les dépenses de communication, notamment l’achat de forfaits Internet et d’unités téléphoniques nécessaires à la transmission des alertes. Selon lui, cette interruption a considérablement ralenti les activités du dispositif. En l’absence de ressources suffisantes, certains jeunes éprouvent des difficultés à communiquer aux autorités les informations sécuritaires dont ils disposent, au risque de retarder la transmission de certaines alertes.

« Aujourd’hui, le SAPRA ne fonctionne plus comme auparavant. Depuis que la SOFEPADI a interrompu les frais de fonctionnement qu’elle accordait aux jeunes, le dynamisme a totalement changé. Nous sommes des jeunes et nous n’avons pas toujours les moyens nécessaires. Il arrive que nous disposions d’une alerte, mais, faute d’unités téléphoniques ou de mégas Internet, nous ne puissions pas la transmettre aux autorités. Voilà pourquoi je recommande au programme RESET de réexaminer cette question afin de permettre la reprise de la prise en charge de ces frais au bénéfice des jeunes », plaide-t-il.

Pour le vice-président du Conseil communal de la jeunesse de Bungulu, l’accès aux moyens de communication reste indispensable pour assurer la transmission régulière des alertes et préserver l’engagement des jeunes dans ce mécanisme de prévention.

Pérenniser les acquis de l’alerte communautaire

L’expérience du SAPRA dans la commune de Bungulu met en évidence le rôle que peuvent jouer les jeunes dans la prévention de l’insécurité et le renforcement de la collaboration entre les communautés et les services de sécurité. Les témoignages recueillis soulignent également l’importance de disposer de moyens de communication accessibles pour assurer le fonctionnement régulier d’un tel dispositif. La situation actuelle pose ainsi la question de la pérennisation des mécanismes communautaires dont les activités dépendent, en partie, de ressources financières et logistiques que les bénéficiaires ne peuvent pas toujours mobiliser eux-mêmes.

Au regard des préoccupations exprimées par les jeunes, le réexamen des modalités d’appui aux alerteurs, associé au renforcement de la collaboration entre la jeunesse, les autorités locales et les services de sécurité, pourrait contribuer à maintenir les acquis du SAPRA. Pour les jeunes de Bungulu, l’enjeu est désormais de préserver ce mécanisme afin que les informations recueillies au sein de la communauté puissent continuer à être transmises aux services compétents et contribuer à la prévention des menaces sécuritaires dans la ville de Beni.

Simon Du Ciel OMARI

Le Coq

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